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Une pluie battante tombait sur la cathédrale et trempait les passants au pieds de cette dernière, le froid s’infiltrant à travers les chauds vêtements.
La cathédrale, de style baroque et de pierre sombre, surplombait la ville de toute sa hauteur, 5 gargouilles semblant faire le guet sur la large rambarde d’une corniche, à son sommet.
Sur la rambarde, adossé au flanc de la gargouille centrale, un homme d’âge indéfinissable était assis, son bras droit reposant sur sa jambe repliée, la jambe gauche à moitié repliée appuyée sur le flanc de la gargouille adjacente.
L’homme portait un long manteau de cuir noir dont les pans flottaient dans le vide, reposant sur une chemise de la même couleur, qui laissait deviner de part son col ouvert un torse et des épaules enserrés dans de larges bandes de tissu sombre. Son pantalon, noir lui aussi, était ample, en coton, et le bas déchiré dévoilait des mollets massifs recouverts de ces mêmes bandes sombres, jusqu’au niveau de la cheville ou quelques unes s’étiraient pour s’enrouler sous la voûte plantaire.
Ses long et épais cheveux, d’un noir de jais, tombaient jusqu’au bas de son dos, excepté deux larges mèches sur le devant qui s’arrêtaient à la mâchoire, encadrant un visage ovale, ou deux yeux d’un vert étincelant contrastaient avec la pâleur de son visage et la teinte de ses vêtements.

Il regardait les passants déambuler dans la rue en contrebas, passant de l’un à l’autre, aucune lassitude ne semblant s’emparer de ses trais. Après un moment, il leva la tête et plissa les yeux, comme pour discerner quelque chose dans l’air, et l’instant d’après l’air sembla se comprimer avant d’expulser une rose d’un rouge intense. L’homme la saisit en plein vol de la main droite et joua quelques instants avec, la faisant tourner sur elle même entre son pouce et son index, puis, d’un mouvement fluide du poignet, il l’envoya dans sa main gauche qui s’en empara. Instantanément, comme si la vie de la rose défilait devant ses yeux, ses bords jaunirent avant de devenir noirs et ses pétales se racornirent, se décolorant dans le processus jusqu’à n’être plus qu’une boule couleur cendre, supportée par une tige de la même teinte. Du mouvement du poignet inverse, il renvoya la fleur dans la main droite et, comme nourrie du vide, la tige commença à retrouver sa teinte verte qui s’étendit jusqu’à la base de la fleur, et la boule froissée s’ouvrit alors, permettant aux pétales de s’étirer, se gorgeant de nouveau de cette couleur pourpre qui avait été leur, comme si ils se nourrissaient des fluides vitaux de la main. L’individu ne put réprimer un sourire devant le spectacle auquel il s’attendait.
Un bruit de succion retentit sur la gauche et le sourire quitta son visage, il ne tourna pas pour autant la tête et une voix se fit entendre, grave et enjouée:
“- Toujours aussi nostalgique, Lyxio, n’est-ce pas ?
Lyxio tourna la tête et se fendit d’un sourire:
- Il fut un temps en effet ou le temps passait plus vite, quand l’esprit des êtres était plus fort, quand tout ces vices n’existaient que peu, noyés dans une masse d’intelligence et de respect, ou contraint de réprimer leurs envies par crainte de nos représailles. En effet, ce temps me manque.. mais je ne peux me résigner à les laisser, ne serait-ce que pour le peu d’entre eux qui sont un semblant de ce que furent leur prédécesseurs.
- C’était il y a bien longtemps Lyxio, et aucun d’entre nous n’aurait pu prévoir ce que Baal s’apprêtait à faire. Même si il n’est plus, il a entraîné avec lui tout ceux qu’il méprisait. Je suppose en revanche qu’il n’avait pas prévu que l’écosystème reprendrait et que de ce nouveau départ naîtraient des milliards d’années plus tard ces insectes, là en bas, qui ne sont que de pâles caricatures de ce que furent les Elzars. Il est trop tard Lyxio, même tes talents ne pourront avoir d’impact sur eux, ils ont reniés leur nature, ce qui les a crée de toute pièce, qui les a protégé, nourri, et émerveillé.
Leurs action ruinent tout ce qu’il y avait de plus beau ici, et leur arrogance les mènera à leur perte, ils se détruiront et dans longtemps, quand la nature aura repris ses droits et que toute trace de leur présence aura disparue, nous reviendront ici, peut-être verront nous à nouveau l’apparition de ces êtres magiques qui dans l’esprit de ces êtres ne sont que légendes.

Tandis qu’il parlait, Lyxio agitait sa main dans un sens et dans l’autre, amortissant la chute d’un homme, déviant le poing d’un autre sur le mur derrière sa cible, lui fracturant les os au passage, ou encore soulageant le mal de tête d’un passant, éradiquant le cancer d’une jeune femme…
Il s’interrompit pour répondre:
- Tu as certainement raison, mais certains peuvent nous voir, déformés peut-être, et faisant naître de sombre histoires qui hantent les nuits de certains, mais cela prouve qu’il y a peut-être un peu d’espoir. Que toute originalité n’a pas quittée leur âme et qu’elle leur permet parfois de voir ce que leur esprit refuse de voir maintenant.
- Non, tu as faux mon ami, il n’y a pas plus de vue en eux que de raison dans leur âme ou d’oiseaux dans leur ciel, répondit le petit gros tristement
- J’ai toujours été là pour eux, tu entends ?! Toujours ! Et regarde-les ! Hurla soudainement Lyxio, comme mu par une double personnalité. Non, non, il faudrait leur donner une leçon pour leur faire comprendre qu’il est des choses qu’il ne peuvent maîtriser !
Alors qu’il finissait sa phrase, il envoya ses mains voler à droite, à gauche, et les passants s’effondraient, en proie à un coeur qui lâche avant d’ajouter:
-Je n’en peux plus mon ami, regarde-les, souviens-toi de ce monde tel qu’il était avant.
Une fumée rouge sembla s’extirper de dessous ses paupière pour recouvrir ses yeux et se consolider en un voile rouge, opaque et il reprit d’une voix sépulcrale:
- Ils ont tout détruit..il est temps de payer…
Il leva un bras et un bâtiments s’effondra, maintenant à distance son ami de son autre bras. Puis, relâchant sa contrainte, il joignit les deux mains et les éleva vers le haut, provoquant l’explosion de la centrale nucléaire.
Le petit être courut vers lui et d’autres vinrent depuis l’autre côté du réel, projetant des entraves sur Lyxio. Ce dernier, immobilisé, regarda son ami, le visage déformé par la colère.
- Tu ne peux faire ça Lyxio, ce n’est pas notre problème, les Espirits ne permettront pas que nous nous mêlions des affaires d’autres mondes, tu as déjà vu leur réaction pour tchernobyl, et les humains n’ont pas changés pour autant, et tu as bien assez vu de renis de l’originalité pour savoir qu’ils continueront de s’enfoncer dans la conformité et de sombrer. Retournons à Ezrol, et ne revenons plus jamais ici, l’armée à besoin de toi là bas, la guerre se prépare et nous ne pouvons nous passer de gens tels que toi.
Le voile rouge quitta les yeux verts de Lyxio et ses traits exprimèrent une déception et une lassitude d’une intensité déconcertante, soudaine et inédite. Puis il hocha la tête, résigné, il se tourna une dernière fois, regardant la cité dévastée.
Sur ce, le groupe disparu, un vent violent se déchaînant à leur suite, soufflant dans toutes les directions au dessus de New York..

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Lyxio de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.

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La pièce était chaleureuse, bien que sombre. Seules les flammes vives s’agitant dans l’âtre manifestaient une quelconque agitation. Et pourtant, les ombres dansant sur son visage, l’homme était là, assis, immobile, s’abîmant dans la contemplation du feu. Ses yeux, grands ouverts, semblant y voir un autre monde. Il soupira et s’extirpa de sa contemplation pour reporter son attention sur un vieux livre à ses côtés, sur une table basse. Le livre était très épais, et sa couverture, usée, était maintenant d’un rouge délavé, passé, ayant pour seul ornement quelques lettres dorées, à demi effacées: “ Legendes “. L’écriture, bien que de taille correcte, y était très serrée et d’une encre sombre, apposée sur un papier jaunis par le temps, comme ranimé par la douce lumière des flammes.
Un mince sourire, furtif, vint étirer la bouche d’Iroh et délicatement il ouvrit le volume à la page voulue avant de commencer à lire.
Iroh n’était pas vieux, bien que son masque de lassitude et de solitude s’évertua à indiquer le contraire. Le silence était complet, si ce n’est le grésillement des braises dans l’âtre, et seules les pages tournées semblaient vouloir perturber ce moment hors du temps.
Une petite heure plus tard, le lecteur ferma l’objet de son attention, il sourit, l’air nostalgique avant de le reposer sur la table basse et de s’allonger.

Quand il s’endormit enfin, le feu n’était plus que nombreuses braises rougeoyantes. Il souriait.

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- Je vais te montrer 5 images, et successivement, tu vas me dire à quoi tu penses en les regardant …

L’Homme reporta son attention sur les cinq feuillets disposés devant lui, passant de l’un à l’autre, les examinant l’un après l’autre sans hâte. Il arrêta au bout d’une vingtaine de secondes son regard sur l’image centrale, puis, d’un mouvement fluide, il redressa la tête et leva les yeux vers l’être se tenant face à lui avant d’articuler sur un ton neutre:

“- La peur, la colère, la tristesse, et l’ignorance..

- Allons, allons, soyons sérieux, je ne vous demande pas de me citer des états et des sentiments, mais de me dire ce que vous inspirent ces images.

- Vous m’avez demandé à quoi je pensais en examinant ces images, pas ce à quoi elle me font penser ou ce qu’elles m’inspirent.

- Soit, et que t’évoquent-elles, donc ?!

- Rien.

- Je vois “, murmura t’il, tandis qu’il s’enfonçait dans son fauteuil,le regard vide.

Puis, toujours perdu dans ses pensées, il lui demanda de le suivre dans la salle adjacente. Il désigna alors le tableau accroché au mur et répéta:

“ Que t’évoque ce tableau ? “.

L’Homme se concentra sur le tableau, muet. Après seulement quelques secondes il expira lentement avant de répondre:

“ Rien. “

Il retourna sans un mot dans la pièce précédente et la vitre de la baie vitrée céda brutalement, permettant à une unique balle dorée de se frayer un chemin jusqu’au coeur de l’Homme qui s’effondra sur le bureau.

Tandis que l’autre se précipitait à ses côtés, l’Homme lui sourit et brandit lentement le 5e feuillet devant lui en murmurant dans son dernier souffle “ La joie “.

L’étreinte de sa main gauche céda alors immédiatement, libérant un unique papier froissé ou on pouvait lire en lettres rouges:

“Not Hidden Anymore”

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David rentrait chez lui pour profiter de son week end, comme chaque vendredi soir en coupant par les petites ruelles, fidèle à son habitude. Seulement, ce vendredi fut un jour particulier. Alors qu’il dépassait un groupe de jeunes imbibés d’alcool, le plus âgé – ayant atteint la majorité – l’interpella.
“- Hé, toi là, avec tes vêtements multicolores, viens voir.”
David, de nature sociable et un peu naïf rejoignit tranquillement le petit groupe. A peine eut-il atteint celui qui l’avait interpellé, un sourire sincère aux lèvres, que ce dernier lui décochait un crochet du droit puissant, envoyant son corps svelte mais peu musclé sur le mur d’en face, lui brisant la mâchoire. Les jeunes rigolèrent et se mirent alors à donner des coups de pieds sans retenue dans le corps déjà meurtri de David, enhardi qu’ils étaient par les effets de l’alcool fort. Ce dernier peinant à se protéger, subissant plusieurs fractures, fut retrouvé à l’aube, inconscient, baignant dans son urine. David resta 8 jours en hôpital, tant son corps devait récupérer.
Quand il sorti de l’hôpital, David n’était plus le même. Alors qu’il était si naïf, il se mit à se méfier de tout le monde. Lui qui était si assidu, se mit à sécher ses heures d’arts appliqués. Sa sociabilité si naturelle, ne fut plus qu’hypocrisie en puissance, et le seul aspect inchangé de sa personne furent ses vêtements aux couleurs criardes et variées, ainsi que son visage supportant une tignasse coupée ras, brune, de la même couleur que ses yeux.
David était tout sauf stupide, et il consacrait beaucoup de son temps à comprendre les mécanismes qui régissent le corps humain. Science qui se reportait dans sa passion pour les marionnettes, lui même étant d’ailleurs marionnettiste hors pair. Perfectionniste acharné, il s’évertuait chaque soir à perfectionner sa technique et sa maîtrise de ses pantins, ainsi qu’à détailler chaque mouvement de l’être humain.
Un soir qu’il rentrait chez lui, ruminant sa haine des hommes, chez qui depuis son agression il décelait le moindre vice, la moindre fêlure ( analyse toujours dissimulée derrière sa sociabilité feint ) vit de loin sa baie vitrée ouverte. Il se précipita alors à l’intérieur de sa demeure, le coeur battant la chamade, le numéro de la police déjà composé sur son téléphone brandi dans sa main droite.
Son appel ne trouva jamais de destinataire, interrompu par le fracas brutal du téléphone sur le sol. David était fasciné, là ou 2 min plus tôt régnait la pénombre, baignée par la lune, était dressée sur le rebord de sa terrasse une personne.

La jeune femme le regardait, le sourire au lèvres. La toge blanche à capuche qu’elle portait semblait luire sous la pâle lumière de la lune. Cette toge, dont les manches étaient élargies, était ceinte d’une cape de la même teinte dont l’attache consistait en une fine chaîne en fer. Son visage bronzé, aux traits d’une finesse remarquable, était encadré de longs cheveux d’un violet foncé tirant sur le bleu, une mèche effilée dissimulant la partie droite de son front, au dessous duquel brillait deux yeux d’un gris profond aux reflets azurés. A ses hanches passait une ceinture en lin, d’un bleu intense, dont les extrémités dorées pendaient au côté gauche.
Son poignet gauche portait deux fins bracelets d’or, et plusieurs bagues d’argent ornaient ses mains. Son pied droit, nu comme le gauche, portait lui aussi un bracelet de la même facture. Ces derniers, détendu, flottait à quelques centimètres du sol.

Avisant l’état de David, la jeune femme éclata d’un rire cristallin, avant de descendre au sol d’un mouvement souple et de prendre la parole:
“ Je m’appelle Thaïs. Je t’attendais. “

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Le Marionnettiste – Prélude de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.

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David était pétrifié, à mi-chemin entre la colère envers cet intru, l’incrédulité face à la magie de l’apparition, et la peur de la puissance émanant de la jeune femme. Il parvint cependant à bredouiller quelques mots:
- Qui… qui es-tu.. ?
- Qui je suis ? Voyons..Je suis celle qui est venue rompre la monotonie de ta vie, David !
- Qu’est-ce que tu entends par là ? Ma vie est très bien comme elle est! Dis moi qui tu es, ou j’appelle les flics ! balbutia David, peu sûr de lui.
- Tu te mens.. et tu le sais, depuis ce jour ou ces ivrognes t’ont passé à tabac, tu t’es réfugié dans tout ce qu’il te restait: ta passion pour le marionnetisme. Les marionnettes, les seules ne t’ayant pas lâchées, les seules que tu ne peux blamer pour ne pas être venues à ton chevet, à l’hôpital. C’est à ce moment là que ton lien avec l’humanité s’est brisé.
La jeune femme avança, et david recula en titubant, livide:
- C..Comment sais-tu ça ?..
- Je le sais, tu n’as pas besoin d’en savoir plus. Je ne suis pas de ce monde, mais je peux donner une âme à ces objets que tu chéris tant. Ils vivront, comme toi et moi, ces 3 marionnettes seront tes amis les plus fidèles et seront à tes côtés. Tu auras en outre une connaissance parfaite des mouvements, ta technique de marionnetiste sera poussée à sa perfection, et tu seras définitivement supérieur à tes pairs actuels
- Et tu me donnerais ça.. sans contrepartie peut-être ..?
Thais reprit après un bref sourire:
- Tu comprends vite, en échange, je ne demanderais qu’une partie de cette âme qui ne te sers plus, un morceau de toi qui a cessé d’agir, ou plutot qui a cessé de te servir.
David réfléchit à toute allure, envisageant les différentes perspectives. Thais avait raison, que lui importe son âme puisque ses contacts avec les Hommes étaient si distants. Le presque-misanthrope qu’il était devenu n’avait que faire de son âme, si d’ailleurs il en avait encore une au fond de lui. Il ignora la petite alerte naissante au fond de son être et la musela au plus profond de lui même avant de répondre, les yeux brillants d’exitation:
- Bien, c’est d’accord.
- Bien…
Sur ces mots, Thaïs ouvrit les paumes et écarta les bras, vrillant son regard dans celui de David. A cet instant, David crut perdre pieds dans la réalité, il sentit une porte s’ouvrir doucement en lui, en claquant violement une autre au passage. Il savait! Tout était là, dans sa tête, les mouvements s’enchainant à la perfection, et cette magie dont il ne comprenait pas l’origine ni le fondement mais dont l’existence semblait tellement évidente à présent. Quelque chose changea en lui, sa manière de voir les choses, de les appréhender, toute une vie de certitudes reconstruites en une fraction de seconde.
Il rouvrit les yeux.. et trébucha, en prise à une migraine terrible. Thaïs n’était plus là. David ne put réorganiser ses pensées, il avait déjà sombré dans le coma.
Thaïs le regardait à travers la baie vitrée depuis la cîme d’un arbre, une lueur d’attendrissement et de triomphe dans ses prunelles.

David se réveilla le lendemain, réveillé par des bruits d’activité, il se redressa d’un bond, et écarquilla les yeux, il ne pouvait y croire et pourtant… 3 petites formes s’agitaient avec énergie dans le salon, leurs silhouettes nimbées d’un doux feu bleuté, ramassant les débris de la table basse en morceau. Instinctivement, david porta la main à la tête, pour la retirer stupéfait.. des points de sutures avaient étés faits mais ne tenaient déjà plus qu’une peau neuve. Dépoussiérant la pièce dans ses moindres recoins, elles se mouvaient à présent avec une agilité stupéfiante, étaient vêtue, et leur articulation semblaient avoir été améliorées – si bien qu’elles ressemblaient plus à de petits gnomes, maintenant qu’elle possédaient une bouche – mais david reconnu bel et bien ses jouets de marionnetisme.

Passé la phase d’incompréhension, david se redressa lentement, tentant de communiquer vocalement, avec sa gestuelle, ou encore à sa grande surprise mentalement, avec ses nouveaux “ amis “ mais tout ses efforts se soldèrent par un échec. Passé leur acharnement ménager, les marionnettes se mirent à gazouiller ou à emettre des bruits à la limite de l’humain, gesticulant sans aucune logique apparente, renversant et brisant des objets sans réelle visible intention pour en ramasser les restes immédiatement après, le tout dans une cacophonie sans nom.
Les questions se bousculaient en David, “ qu’as-tu fait “, “ que vas-tu devenir “, “ comment cacher tout ceci à la vue de tous “, et surtout “ comment les controler et leur ordonner ?”. Il se prit la tête dans les mains quelques minutes, réfléchissant à la manière de procéder, et surtout, d’accepter la dure réalité de ce qu’il avait cru être un rêve. Etrangement, l’existence de la magie et d’autres mondes s’étaient imposée à son esprit avec une évidence certaine, pour ne pas dire étrange, et aucun doute ou incertitude ne vint le tracasser.
Les marionnettes, elles, continuaient de chutter, de ricaner, ou encore de sauter dans tout les sens. Subitement, l’une se jetta sur une autre en émettant un étrange cri de guerre et rua de coup sa victime de ses petits points, elle s’arrêta après quelques instants, frustrée que ses coups ne fassent pas plus de dégâts, et l’autre, assise, la désigna du doigt en éclatant d’un rire aigu, interrompu par sa main claquant sur la tête de son assaillant, puis elles se roulèrent par terre en ricannant. Mais petit à petit elles semblèrent s’épuiser, l’une tomba dans le sommeil après un petit rot sonore suivit d’un petit ricannement gutural, l’autre tomba net comme un robot dont on aurait enlevé l’alimentation et se mit à ronfler d’une force telle qu’on aurait pu croire que la troisième marionnette s’effondra de par son effet, cette dernière soufflant dans son sommeil à intervalles réguliers.
Il passa la journée suivante à essayer de nouveaux moyens de communication avec les nouveaux êtres et à tenter – avec un succès relatif – de limiter les dégâts dûs à leur indiscipline A la fin du second jour, il s’endormit en pensant à Thaïs, en priant pour qu’elle reparaisse, incapable de se rendre compte que la colère et le doute l’avaient quitté depuis leur dernière rencontre.

Quand il se réveilla, comme par magie, elle était là, assise en tailleur sur un canapé, se moquant ouvertement de son piteux état. Elle n’avait pas changée, ses cheveux ramassés en une épaisse natte dévoilaient deux piercing en forme de pointe au cartillage de chaque oreille – un rouge et un cyan à chaque -, et seuls subsistaient de sa mèche quelques cheveux qu’elle n’avait pu caller derrière son oreille. Contrairement à sa dernière visite, elle portait cette fois-ci un épais gilet de laine noire, des mitaines noires à ses mains, dépourvues cette fois-ci de ses bagues d’argents, et son pantallon beige ressemblant fort aux treillis du monde de david était resseré au dessus des pieds – nus, comme la première fois.
Changement flagrant tout de même: sa mine fatiguée, ses traits tirés.
David s’en fichait et se passa de formules:
- Fais en sorte que je puisse contrôler ces marionnettes ! Tu peux prendre un autre “morceau d’âme” comme tu l’appelle, ça m’est égal !

Thaïs ne parla pas. Elle se redressa et ses iris se mirent à pulser d’une vive lumière dorée quand elle fixa David. Ce dernier ne s’effondra pas ce coup-ci, mais il ne vit pas Thaïs partir.
A peine remit de ses émotions, il ignora le petit mal de crâne naissant, et fixa une marionnette prise de convulsions qui gazouillait inutilement, lui ordonnant mentalement de s’immobiliser.. ce qu’elle fît. David sourit malgrès lui. Sourire qui disparu rapidement quand la présence et les consciences des objets animés semblèrent fusionner à son esprit, chacune, d’envie ou besoin, demandant une permission, une confirmation à leur maitre présent. David réalisa qu’elles l’avaient sans doute toujours fait, mais n’avaient jamais obtenu de réponse, lui même ne pouvant les entendre. Il s’efforça de répondre à chacune des requêtes, aussi rapidement que son esprit humain le pouvait, mais elles semblèrent sans fin, il s’agissait parfois de demandes, de remarques sans intérêt mais qui s’imposaient pourtant à son esprit avec force, ou encore de tout ce qui pouvait passer dans la tête d’un être humain. Mais ce ne sont que des marionnettes pensa David, au bord de l’épuisement.
- Ca suffit ! Cria t’il, avant de se rendre compte qu’aucun son n’était sorti de sa bouche.
Pourtant, les marionnettes s’imobilisèrent, et l’aura bleutée les quitta. David eut soudain très peur, peur d’avoir fait une erreur et souhaita de toutes ses forces que la lueur revienne.. ce qu’elle fît, en même temps que le harcelement mental qui venait de le quitter. Et c’est avec un certain soulagement que David formula mentalement l’arrêt de ses petits amis, comme il se surprenait à les appeller dans ses récentes réflexions.
Il s’endormit rapidement ce soir là, un sourire aux lèvres. Les journées suivantes furent pur bonheur pour david, qui controlait à présent parfaitement ses petits compagnons, mais une frustration naissait cependant du fait que le harcèlement de pensées de ses créatures l’obligeait à en limiter l’usage sur la durée, ou le nombre actives simultanément, parfois même les deux, il se persuadait pourtant qu’il lui fallait juste du temps pour s’y habituer. Cependant, le quatrième jour, alors qu’il allait faire les courses à l’épicerie du coin, au détour d’une ruelle il croisa une bande de jeunes, mais pas n’importe quelle bande de jeunes, la même qui l’avait envoyé à l’hopital, agonisant. David s’arrêta net et fixa la petite troupe.
/ Thais à bien dit que je serais définitivement supérieur au commun des mortels, je devrais donc pouvoir prendre ma revanche sur ces imbéciles /
C’est donc un sourire aux levres, et la démarche assurée que David se dirigea vers le groupe, qui était à présent muet et dont l’attention était rivée sur David.
- Alors les gars, toujours à l’affût d’un combat déloyal ?
Le plus vieux du groupe eu l’air surpris et se leva avec un grand sourire:
- Ohh, mais n’est-ce pas là notre viel ami les mecs ? On dirait qu’il n’a pas compris la leçon, c’est qu’il en redemande le pauvre !!
A peine eut-il fini sa phrase que le corps de David réagi sans même qu’il n’y pense, son poing droit se dirigea en une courbe parfaite vers les côtes de son interlocuteur, qui se plia et s’effondra sous l’impact.
La réaction fut immédiate, toute la troupe se rua sur David, qui souriait toujours, confiant en ses nouvelles aptitudes, et il en fut d’ailleurs de nouveau surpris. Alors qu’avant il n’était pas capable de faire de mal à une mouche, il esquivait et plaçait de vicieux coups aussi aisément que si il avait passé sa vie à s’entrainer, c’est donc avec une certaine satisfaction qu’il se défendait, seul contre 8 personnes, plus surprises encore que lui.
Cependant, avec un tel désavantage, le corps de david commença à s’épuiser, ses attaques se firent plus lentes, moins précises, il se surpris à encaisser de violents coups, et finit par tomber à terre, pour se relever et s’enfuir aussi vite que possible, effrayé à l’idée de l’issue de sa précédente altercation avec ces jeunes.
Il arriva 10min plus tard, hors d’haleine à sa maison, les phalanges blanches tant ses poings étaient serrés de frustration. Il nettoya ses plaies, qui, bien que superficielles, ne faisaient qu’accentuer sa haine et son impression d’impuissance. Il passa la soirée à boire du whisky, et, bien qu’ayant essayé de se trainer jusqu’à son lit, s’affala dans le sofa avant de s’endormir, non sans une dernière pensée:
/ Thais, menteuse, ose revenir un peu !! /
Le lendemain, aucune trace de thais. Son amertune et sa colère, en partie apaisée par la nuit de sommeil, revinrent en force et il ressorti la bouteille de whiky du placard, avant d’enchainer les verres. Et c’est, soûl, qu’il se surpris à entendre la sonnette de laa maison retentir.
Il se dirigea vers la porte, et c’est donc d’un pas saccadé, appuyé sur les murs de son couloir, qu’il ouvrit la porte… et qu’il découvrit sur le pas Thais, qui affichait, une fois n’est pas coutume, son petit sourire narquois.
Passé l’instant de surprise, David se ressaisit – autant que son état d’ébriété le lui permettait – et cria:
- Toi ! Menteuse !
Avant, sans plus de prose, de lui flanquer un coup de poing.. qui n’atteignit jamais sa cible. L’expression de Thais, jusque là amicale, était passé à une expression de colère froide, les sourcils légèrement froncés, le regard fixe. David tenta de se dégager d’un coup brusque, en vain. Thais ressera de plus belle son étreinte avant de pencher sensiblement la tête et de lever un sourcil, le tout dans une expression entre l’amusement et l’interrogation. Puis après quelques secondes, quand l’embaras de David fut à son paroxysme, elle relacha sa prise et David recula de quelques pas avant de l’examiner à nouveau.
Elle portait un top et une jupe à froufrou noirs ainsi que des mitaines rouges sombre, et, chose inhabituelle, était chaussée, de petites botines noires, lustrées à en briller au soleil. Ce dernier qui en se couchant, faisait jouer les reflets de ses cheveux, laissant David pensif un instant.
David, se fit-il d’ailleurs brièvement la réflexion, était pitoyable en comparaison, avec ses vêtements usés qu’il prennait de moins en moins le temps de laver. Il portait un sweat pourpre, sur un large pantalon jaune vif, pantoufles aux pieds. Thais semblait s’en accomoder, pensa-t’il.. mais pourquoi pensait-il à ça déjà ?!

C’est du même pas chavirant qu’il rejoignit le salon, laissant à Thaïs la possibilité d’entrer.
David se retourna tandis qu’elle le rejoignait et repris d’un ton apaisé:
- Je ne peux pas controler simultanément toutes mes marionnettes, c’est comme si leur conscience m’envahissait, et, même si je suis indéniablement meilleur combattant que mes pairs, ça n’est pas assez, je veux leur faire voir, leur faire comprendre, je veux les écraser, qu’ils me craignent!
- Et t’ais-je dit que je te donnerais un tel pouvoir ? En aucun cas. J’ai dit que tu serais indéniablement supérieur aux tiens, et c’est le cas, mais tu es limité par tes propres barrières. Vous autres humains sombrez avec de plus en plus de facilité dans le désir de dominer, et votre esprit recule face à votre corps. Violence, viols, meutres.. si bien que votre corps lui même ne désire plus être dominé, controlé. En agissant ainsi, il gaspille aussi une energie qui pourrait être utilisée par l’esprit, permettant en partie de faire des choses qui ne sont pour vous que des mythes et contes pour enfants. Et ça n’est qu’un exemple parmis d’autres des entraves que les mortels se sont crées. Pour controler ces marionnettes, il faudrait te reconstruire, t’imposer de nouvelles règles, de nouveaux concepts, qui ne seraient pas altérés par ce que tu sais, ou ce que tu penses savoir. Cependant, il est tout de même une partie de ce qui vous est innaccessible qui peut être gagnée instantannément, mais tu connais le prix David, rien n’est gratuit..
- Mon âme, tu peux la prendre si ça te chante, mais rends-moi puissant, apprends moi l’essence de la magie!
Thaïs hésita..
- Ca n’est pas si simple.. il te faudra apprendre, et je ne peux t’assurer le succès, je peux seulement te garantir une maitrise supérieure, mais si tu veux plus, il faut t’engager sans certitudes..
- Apprends moi tout! Tout!
Thaïs souri:
- Qu’il en soit ainsi !
Puis elle reprit d’une voix plus grave, un grand sourire au lèvre dévoilant sa dentition parfaite:
- Tu es à moi!
A peine eut-elle prononcée ceci que les marionettes s’élevèrent et que la lueur bleue leur fut extirpée, se condensant en de petit boules éthérées, couleur bleu nuit, qui filèrent se réunir au creux des paumes jointes de Thaïs.
Cette dernière souriait toujours, regardant avec attachement la boule bleue dans ses mains.
- Tu as fait un pacte avec moi, et comme je prends ma part du marché, j’honorerais aussi la mienne, mais en attendant..
Elle s’interrompit et repris dans un murmure:
- Ton âme est à moi.. TU es à moi..

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Le Marionnettiste – Chapître 1 de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.

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