Lyxio

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Une pluie battante tombait sur la cathédrale et trempait les passants au pieds de cette dernière, le froid s’infiltrant à travers les chauds vêtements.
La cathédrale, de style baroque et de pierre sombre, surplombait la ville de toute sa hauteur, 5 gargouilles semblant faire le guet sur la large rambarde d’une corniche, à son sommet.
Sur la rambarde, adossé au flanc de la gargouille centrale, un homme d’âge indéfinissable était assis, son bras droit reposant sur sa jambe repliée, la jambe gauche à moitié repliée appuyée sur le flanc de la gargouille adjacente.
L’homme portait un long manteau de cuir noir dont les pans flottaient dans le vide, reposant sur une chemise de la même couleur, qui laissait deviner de part son col ouvert un torse et des épaules enserrés dans de larges bandes de tissu sombre. Son pantalon, noir lui aussi, était ample, en coton, et le bas déchiré dévoilait des mollets massifs recouverts de ces mêmes bandes sombres, jusqu’au niveau de la cheville ou quelques unes s’étiraient pour s’enrouler sous la voûte plantaire.
Ses long et épais cheveux, d’un noir de jais, tombaient jusqu’au bas de son dos, excepté deux larges mèches sur le devant qui s’arrêtaient à la mâchoire, encadrant un visage ovale, ou deux yeux d’un vert étincelant contrastaient avec la pâleur de son visage et la teinte de ses vêtements.

Il regardait les passants déambuler dans la rue en contrebas, passant de l’un à l’autre, aucune lassitude ne semblant s’emparer de ses trais. Après un moment, il leva la tête et plissa les yeux, comme pour discerner quelque chose dans l’air, et l’instant d’après l’air sembla se comprimer avant d’expulser une rose d’un rouge intense. L’homme la saisit en plein vol de la main droite et joua quelques instants avec, la faisant tourner sur elle même entre son pouce et son index, puis, d’un mouvement fluide du poignet, il l’envoya dans sa main gauche qui s’en empara. Instantanément, comme si la vie de la rose défilait devant ses yeux, ses bords jaunirent avant de devenir noirs et ses pétales se racornirent, se décolorant dans le processus jusqu’à n’être plus qu’une boule couleur cendre, supportée par une tige de la même teinte. Du mouvement du poignet inverse, il renvoya la fleur dans la main droite et, comme nourrie du vide, la tige commença à retrouver sa teinte verte qui s’étendit jusqu’à la base de la fleur, et la boule froissée s’ouvrit alors, permettant aux pétales de s’étirer, se gorgeant de nouveau de cette couleur pourpre qui avait été leur, comme si ils se nourrissaient des fluides vitaux de la main. L’individu ne put réprimer un sourire devant le spectacle auquel il s’attendait.
Un bruit de succion retentit sur la gauche et le sourire quitta son visage, il ne tourna pas pour autant la tête et une voix se fit entendre, grave et enjouée:
“- Toujours aussi nostalgique, Lyxio, n’est-ce pas ?
Lyxio tourna la tête et se fendit d’un sourire:
- Il fut un temps en effet ou le temps passait plus vite, quand l’esprit des êtres était plus fort, quand tout ces vices n’existaient que peu, noyés dans une masse d’intelligence et de respect, ou contraint de réprimer leurs envies par crainte de nos représailles. En effet, ce temps me manque.. mais je ne peux me résigner à les laisser, ne serait-ce que pour le peu d’entre eux qui sont un semblant de ce que furent leur prédécesseurs.
- C’était il y a bien longtemps Lyxio, et aucun d’entre nous n’aurait pu prévoir ce que Baal s’apprêtait à faire. Même si il n’est plus, il a entraîné avec lui tout ceux qu’il méprisait. Je suppose en revanche qu’il n’avait pas prévu que l’écosystème reprendrait et que de ce nouveau départ naîtraient des milliards d’années plus tard ces insectes, là en bas, qui ne sont que de pâles caricatures de ce que furent les Elzars. Il est trop tard Lyxio, même tes talents ne pourront avoir d’impact sur eux, ils ont reniés leur nature, ce qui les a crée de toute pièce, qui les a protégé, nourri, et émerveillé.
Leurs action ruinent tout ce qu’il y avait de plus beau ici, et leur arrogance les mènera à leur perte, ils se détruiront et dans longtemps, quand la nature aura repris ses droits et que toute trace de leur présence aura disparue, nous reviendront ici, peut-être verront nous à nouveau l’apparition de ces êtres magiques qui dans l’esprit de ces êtres ne sont que légendes.

Tandis qu’il parlait, Lyxio agitait sa main dans un sens et dans l’autre, amortissant la chute d’un homme, déviant le poing d’un autre sur le mur derrière sa cible, lui fracturant les os au passage, ou encore soulageant le mal de tête d’un passant, éradiquant le cancer d’une jeune femme…
Il s’interrompit pour répondre:
- Tu as certainement raison, mais certains peuvent nous voir, déformés peut-être, et faisant naître de sombre histoires qui hantent les nuits de certains, mais cela prouve qu’il y a peut-être un peu d’espoir. Que toute originalité n’a pas quittée leur âme et qu’elle leur permet parfois de voir ce que leur esprit refuse de voir maintenant.
- Non, tu as faux mon ami, il n’y a pas plus de vue en eux que de raison dans leur âme ou d’oiseaux dans leur ciel, répondit le petit gros tristement
- J’ai toujours été là pour eux, tu entends ?! Toujours ! Et regarde-les ! Hurla soudainement Lyxio, comme mu par une double personnalité. Non, non, il faudrait leur donner une leçon pour leur faire comprendre qu’il est des choses qu’il ne peuvent maîtriser !
Alors qu’il finissait sa phrase, il envoya ses mains voler à droite, à gauche, et les passants s’effondraient, en proie à un coeur qui lâche avant d’ajouter:
-Je n’en peux plus mon ami, regarde-les, souviens-toi de ce monde tel qu’il était avant.
Une fumée rouge sembla s’extirper de dessous ses paupière pour recouvrir ses yeux et se consolider en un voile rouge, opaque et il reprit d’une voix sépulcrale:
- Ils ont tout détruit..il est temps de payer…
Il leva un bras et un bâtiments s’effondra, maintenant à distance son ami de son autre bras. Puis, relâchant sa contrainte, il joignit les deux mains et les éleva vers le haut, provoquant l’explosion de la centrale nucléaire.
Le petit être courut vers lui et d’autres vinrent depuis l’autre côté du réel, projetant des entraves sur Lyxio. Ce dernier, immobilisé, regarda son ami, le visage déformé par la colère.
- Tu ne peux faire ça Lyxio, ce n’est pas notre problème, les Espirits ne permettront pas que nous nous mêlions des affaires d’autres mondes, tu as déjà vu leur réaction pour tchernobyl, et les humains n’ont pas changés pour autant, et tu as bien assez vu de renis de l’originalité pour savoir qu’ils continueront de s’enfoncer dans la conformité et de sombrer. Retournons à Ezrol, et ne revenons plus jamais ici, l’armée à besoin de toi là bas, la guerre se prépare et nous ne pouvons nous passer de gens tels que toi.
Le voile rouge quitta les yeux verts de Lyxio et ses traits exprimèrent une déception et une lassitude d’une intensité déconcertante, soudaine et inédite. Puis il hocha la tête, résigné, il se tourna une dernière fois, regardant la cité dévastée.
Sur ce, le groupe disparu, un vent violent se déchaînant à leur suite, soufflant dans toutes les directions au dessus de New York..

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