David était pétrifié, à mi-chemin entre la colère envers cet intru, l’incrédulité face à la magie de l’apparition, et la peur de la puissance émanant de la jeune femme. Il parvint cependant à bredouiller quelques mots:
- Qui… qui es-tu.. ?
- Qui je suis ? Voyons..Je suis celle qui est venue rompre la monotonie de ta vie, David !
- Qu’est-ce que tu entends par là ? Ma vie est très bien comme elle est! Dis moi qui tu es, ou j’appelle les flics ! balbutia David, peu sûr de lui.
- Tu te mens.. et tu le sais, depuis ce jour ou ces ivrognes t’ont passé à tabac, tu t’es réfugié dans tout ce qu’il te restait: ta passion pour le marionnetisme. Les marionnettes, les seules ne t’ayant pas lâchées, les seules que tu ne peux blamer pour ne pas être venues à ton chevet, à l’hôpital. C’est à ce moment là que ton lien avec l’humanité s’est brisé.
La jeune femme avança, et david recula en titubant, livide:
- C..Comment sais-tu ça ?..
- Je le sais, tu n’as pas besoin d’en savoir plus. Je ne suis pas de ce monde, mais je peux donner une âme à ces objets que tu chéris tant. Ils vivront, comme toi et moi, ces 3 marionnettes seront tes amis les plus fidèles et seront à tes côtés. Tu auras en outre une connaissance parfaite des mouvements, ta technique de marionnetiste sera poussée à sa perfection, et tu seras définitivement supérieur à tes pairs actuels
- Et tu me donnerais ça.. sans contrepartie peut-être ..?
Thais reprit après un bref sourire:
- Tu comprends vite, en échange, je ne demanderais qu’une partie de cette âme qui ne te sers plus, un morceau de toi qui a cessé d’agir, ou plutot qui a cessé de te servir.
David réfléchit à toute allure, envisageant les différentes perspectives. Thais avait raison, que lui importe son âme puisque ses contacts avec les Hommes étaient si distants. Le presque-misanthrope qu’il était devenu n’avait que faire de son âme, si d’ailleurs il en avait encore une au fond de lui. Il ignora la petite alerte naissante au fond de son être et la musela au plus profond de lui même avant de répondre, les yeux brillants d’exitation:
- Bien, c’est d’accord.
- Bien…
Sur ces mots, Thaïs ouvrit les paumes et écarta les bras, vrillant son regard dans celui de David. A cet instant, David crut perdre pieds dans la réalité, il sentit une porte s’ouvrir doucement en lui, en claquant violement une autre au passage. Il savait! Tout était là, dans sa tête, les mouvements s’enchainant à la perfection, et cette magie dont il ne comprenait pas l’origine ni le fondement mais dont l’existence semblait tellement évidente à présent. Quelque chose changea en lui, sa manière de voir les choses, de les appréhender, toute une vie de certitudes reconstruites en une fraction de seconde.
Il rouvrit les yeux.. et trébucha, en prise à une migraine terrible. Thaïs n’était plus là. David ne put réorganiser ses pensées, il avait déjà sombré dans le coma.
Thaïs le regardait à travers la baie vitrée depuis la cîme d’un arbre, une lueur d’attendrissement et de triomphe dans ses prunelles.
David se réveilla le lendemain, réveillé par des bruits d’activité, il se redressa d’un bond, et écarquilla les yeux, il ne pouvait y croire et pourtant… 3 petites formes s’agitaient avec énergie dans le salon, leurs silhouettes nimbées d’un doux feu bleuté, ramassant les débris de la table basse en morceau. Instinctivement, david porta la main à la tête, pour la retirer stupéfait.. des points de sutures avaient étés faits mais ne tenaient déjà plus qu’une peau neuve. Dépoussiérant la pièce dans ses moindres recoins, elles se mouvaient à présent avec une agilité stupéfiante, étaient vêtue, et leur articulation semblaient avoir été améliorées – si bien qu’elles ressemblaient plus à de petits gnomes, maintenant qu’elle possédaient une bouche – mais david reconnu bel et bien ses jouets de marionnetisme.
Passé la phase d’incompréhension, david se redressa lentement, tentant de communiquer vocalement, avec sa gestuelle, ou encore à sa grande surprise mentalement, avec ses nouveaux “ amis “ mais tout ses efforts se soldèrent par un échec. Passé leur acharnement ménager, les marionnettes se mirent à gazouiller ou à emettre des bruits à la limite de l’humain, gesticulant sans aucune logique apparente, renversant et brisant des objets sans réelle visible intention pour en ramasser les restes immédiatement après, le tout dans une cacophonie sans nom.
Les questions se bousculaient en David, “ qu’as-tu fait “, “ que vas-tu devenir “, “ comment cacher tout ceci à la vue de tous “, et surtout “ comment les controler et leur ordonner ?”. Il se prit la tête dans les mains quelques minutes, réfléchissant à la manière de procéder, et surtout, d’accepter la dure réalité de ce qu’il avait cru être un rêve. Etrangement, l’existence de la magie et d’autres mondes s’étaient imposée à son esprit avec une évidence certaine, pour ne pas dire étrange, et aucun doute ou incertitude ne vint le tracasser.
Les marionnettes, elles, continuaient de chutter, de ricaner, ou encore de sauter dans tout les sens. Subitement, l’une se jetta sur une autre en émettant un étrange cri de guerre et rua de coup sa victime de ses petits points, elle s’arrêta après quelques instants, frustrée que ses coups ne fassent pas plus de dégâts, et l’autre, assise, la désigna du doigt en éclatant d’un rire aigu, interrompu par sa main claquant sur la tête de son assaillant, puis elles se roulèrent par terre en ricannant. Mais petit à petit elles semblèrent s’épuiser, l’une tomba dans le sommeil après un petit rot sonore suivit d’un petit ricannement gutural, l’autre tomba net comme un robot dont on aurait enlevé l’alimentation et se mit à ronfler d’une force telle qu’on aurait pu croire que la troisième marionnette s’effondra de par son effet, cette dernière soufflant dans son sommeil à intervalles réguliers.
Il passa la journée suivante à essayer de nouveaux moyens de communication avec les nouveaux êtres et à tenter – avec un succès relatif – de limiter les dégâts dûs à leur indiscipline A la fin du second jour, il s’endormit en pensant à Thaïs, en priant pour qu’elle reparaisse, incapable de se rendre compte que la colère et le doute l’avaient quitté depuis leur dernière rencontre.
Quand il se réveilla, comme par magie, elle était là, assise en tailleur sur un canapé, se moquant ouvertement de son piteux état. Elle n’avait pas changée, ses cheveux ramassés en une épaisse natte dévoilaient deux piercing en forme de pointe au cartillage de chaque oreille – un rouge et un cyan à chaque -, et seuls subsistaient de sa mèche quelques cheveux qu’elle n’avait pu caller derrière son oreille. Contrairement à sa dernière visite, elle portait cette fois-ci un épais gilet de laine noire, des mitaines noires à ses mains, dépourvues cette fois-ci de ses bagues d’argents, et son pantallon beige ressemblant fort aux treillis du monde de david était resseré au dessus des pieds – nus, comme la première fois.
Changement flagrant tout de même: sa mine fatiguée, ses traits tirés.
David s’en fichait et se passa de formules:
- Fais en sorte que je puisse contrôler ces marionnettes ! Tu peux prendre un autre “morceau d’âme” comme tu l’appelle, ça m’est égal !
Thaïs ne parla pas. Elle se redressa et ses iris se mirent à pulser d’une vive lumière dorée quand elle fixa David. Ce dernier ne s’effondra pas ce coup-ci, mais il ne vit pas Thaïs partir.
A peine remit de ses émotions, il ignora le petit mal de crâne naissant, et fixa une marionnette prise de convulsions qui gazouillait inutilement, lui ordonnant mentalement de s’immobiliser.. ce qu’elle fît. David sourit malgrès lui. Sourire qui disparu rapidement quand la présence et les consciences des objets animés semblèrent fusionner à son esprit, chacune, d’envie ou besoin, demandant une permission, une confirmation à leur maitre présent. David réalisa qu’elles l’avaient sans doute toujours fait, mais n’avaient jamais obtenu de réponse, lui même ne pouvant les entendre. Il s’efforça de répondre à chacune des requêtes, aussi rapidement que son esprit humain le pouvait, mais elles semblèrent sans fin, il s’agissait parfois de demandes, de remarques sans intérêt mais qui s’imposaient pourtant à son esprit avec force, ou encore de tout ce qui pouvait passer dans la tête d’un être humain. Mais ce ne sont que des marionnettes pensa David, au bord de l’épuisement.
- Ca suffit ! Cria t’il, avant de se rendre compte qu’aucun son n’était sorti de sa bouche.
Pourtant, les marionnettes s’imobilisèrent, et l’aura bleutée les quitta. David eut soudain très peur, peur d’avoir fait une erreur et souhaita de toutes ses forces que la lueur revienne.. ce qu’elle fît, en même temps que le harcelement mental qui venait de le quitter. Et c’est avec un certain soulagement que David formula mentalement l’arrêt de ses petits amis, comme il se surprenait à les appeller dans ses récentes réflexions.
Il s’endormit rapidement ce soir là, un sourire aux lèvres. Les journées suivantes furent pur bonheur pour david, qui controlait à présent parfaitement ses petits compagnons, mais une frustration naissait cependant du fait que le harcèlement de pensées de ses créatures l’obligeait à en limiter l’usage sur la durée, ou le nombre actives simultanément, parfois même les deux, il se persuadait pourtant qu’il lui fallait juste du temps pour s’y habituer. Cependant, le quatrième jour, alors qu’il allait faire les courses à l’épicerie du coin, au détour d’une ruelle il croisa une bande de jeunes, mais pas n’importe quelle bande de jeunes, la même qui l’avait envoyé à l’hopital, agonisant. David s’arrêta net et fixa la petite troupe.
/ Thais à bien dit que je serais définitivement supérieur au commun des mortels, je devrais donc pouvoir prendre ma revanche sur ces imbéciles /
C’est donc un sourire aux levres, et la démarche assurée que David se dirigea vers le groupe, qui était à présent muet et dont l’attention était rivée sur David.
- Alors les gars, toujours à l’affût d’un combat déloyal ?
Le plus vieux du groupe eu l’air surpris et se leva avec un grand sourire:
- Ohh, mais n’est-ce pas là notre viel ami les mecs ? On dirait qu’il n’a pas compris la leçon, c’est qu’il en redemande le pauvre !!
A peine eut-il fini sa phrase que le corps de David réagi sans même qu’il n’y pense, son poing droit se dirigea en une courbe parfaite vers les côtes de son interlocuteur, qui se plia et s’effondra sous l’impact.
La réaction fut immédiate, toute la troupe se rua sur David, qui souriait toujours, confiant en ses nouvelles aptitudes, et il en fut d’ailleurs de nouveau surpris. Alors qu’avant il n’était pas capable de faire de mal à une mouche, il esquivait et plaçait de vicieux coups aussi aisément que si il avait passé sa vie à s’entrainer, c’est donc avec une certaine satisfaction qu’il se défendait, seul contre 8 personnes, plus surprises encore que lui.
Cependant, avec un tel désavantage, le corps de david commença à s’épuiser, ses attaques se firent plus lentes, moins précises, il se surpris à encaisser de violents coups, et finit par tomber à terre, pour se relever et s’enfuir aussi vite que possible, effrayé à l’idée de l’issue de sa précédente altercation avec ces jeunes.
Il arriva 10min plus tard, hors d’haleine à sa maison, les phalanges blanches tant ses poings étaient serrés de frustration. Il nettoya ses plaies, qui, bien que superficielles, ne faisaient qu’accentuer sa haine et son impression d’impuissance. Il passa la soirée à boire du whisky, et, bien qu’ayant essayé de se trainer jusqu’à son lit, s’affala dans le sofa avant de s’endormir, non sans une dernière pensée:
/ Thais, menteuse, ose revenir un peu !! /
Le lendemain, aucune trace de thais. Son amertune et sa colère, en partie apaisée par la nuit de sommeil, revinrent en force et il ressorti la bouteille de whiky du placard, avant d’enchainer les verres. Et c’est, soûl, qu’il se surpris à entendre la sonnette de laa maison retentir.
Il se dirigea vers la porte, et c’est donc d’un pas saccadé, appuyé sur les murs de son couloir, qu’il ouvrit la porte… et qu’il découvrit sur le pas Thais, qui affichait, une fois n’est pas coutume, son petit sourire narquois.
Passé l’instant de surprise, David se ressaisit – autant que son état d’ébriété le lui permettait – et cria:
- Toi ! Menteuse !
Avant, sans plus de prose, de lui flanquer un coup de poing.. qui n’atteignit jamais sa cible. L’expression de Thais, jusque là amicale, était passé à une expression de colère froide, les sourcils légèrement froncés, le regard fixe. David tenta de se dégager d’un coup brusque, en vain. Thais ressera de plus belle son étreinte avant de pencher sensiblement la tête et de lever un sourcil, le tout dans une expression entre l’amusement et l’interrogation. Puis après quelques secondes, quand l’embaras de David fut à son paroxysme, elle relacha sa prise et David recula de quelques pas avant de l’examiner à nouveau.
Elle portait un top et une jupe à froufrou noirs ainsi que des mitaines rouges sombre, et, chose inhabituelle, était chaussée, de petites botines noires, lustrées à en briller au soleil. Ce dernier qui en se couchant, faisait jouer les reflets de ses cheveux, laissant David pensif un instant.
David, se fit-il d’ailleurs brièvement la réflexion, était pitoyable en comparaison, avec ses vêtements usés qu’il prennait de moins en moins le temps de laver. Il portait un sweat pourpre, sur un large pantalon jaune vif, pantoufles aux pieds. Thais semblait s’en accomoder, pensa-t’il.. mais pourquoi pensait-il à ça déjà ?!
C’est du même pas chavirant qu’il rejoignit le salon, laissant à Thaïs la possibilité d’entrer.
David se retourna tandis qu’elle le rejoignait et repris d’un ton apaisé:
- Je ne peux pas controler simultanément toutes mes marionnettes, c’est comme si leur conscience m’envahissait, et, même si je suis indéniablement meilleur combattant que mes pairs, ça n’est pas assez, je veux leur faire voir, leur faire comprendre, je veux les écraser, qu’ils me craignent!
- Et t’ais-je dit que je te donnerais un tel pouvoir ? En aucun cas. J’ai dit que tu serais indéniablement supérieur aux tiens, et c’est le cas, mais tu es limité par tes propres barrières. Vous autres humains sombrez avec de plus en plus de facilité dans le désir de dominer, et votre esprit recule face à votre corps. Violence, viols, meutres.. si bien que votre corps lui même ne désire plus être dominé, controlé. En agissant ainsi, il gaspille aussi une energie qui pourrait être utilisée par l’esprit, permettant en partie de faire des choses qui ne sont pour vous que des mythes et contes pour enfants. Et ça n’est qu’un exemple parmis d’autres des entraves que les mortels se sont crées. Pour controler ces marionnettes, il faudrait te reconstruire, t’imposer de nouvelles règles, de nouveaux concepts, qui ne seraient pas altérés par ce que tu sais, ou ce que tu penses savoir. Cependant, il est tout de même une partie de ce qui vous est innaccessible qui peut être gagnée instantannément, mais tu connais le prix David, rien n’est gratuit..
- Mon âme, tu peux la prendre si ça te chante, mais rends-moi puissant, apprends moi l’essence de la magie!
Thaïs hésita..
- Ca n’est pas si simple.. il te faudra apprendre, et je ne peux t’assurer le succès, je peux seulement te garantir une maitrise supérieure, mais si tu veux plus, il faut t’engager sans certitudes..
- Apprends moi tout! Tout!
Thaïs souri:
- Qu’il en soit ainsi !
Puis elle reprit d’une voix plus grave, un grand sourire au lèvre dévoilant sa dentition parfaite:
- Tu es à moi!
A peine eut-elle prononcée ceci que les marionettes s’élevèrent et que la lueur bleue leur fut extirpée, se condensant en de petit boules éthérées, couleur bleu nuit, qui filèrent se réunir au creux des paumes jointes de Thaïs.
Cette dernière souriait toujours, regardant avec attachement la boule bleue dans ses mains.
- Tu as fait un pacte avec moi, et comme je prends ma part du marché, j’honorerais aussi la mienne, mais en attendant..
Elle s’interrompit et repris dans un murmure:
- Ton âme est à moi.. TU es à moi..

Le Marionnettiste – Chapître 1 de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.