Publié

C’est un amour né de curiosité
Ou d’un parent intransigeant
D’un passe temps de jour d’été
Ou d’un errant s’interrogeant

Peut-être lu d’un tract en salle d’attente
Peut-être mû par une santé branlante
Adopté pour fuir l’ennui, le stress, le deuil
Au fond du trou, lever les yeux vers la lueur

Certains y vont pour la chaleur humaine, une coéquipière
Tels des moustiques affamés de vie attirés par la lumière
Addicts à cette courbe au bord des lèvres, à ces rires bruts
Ces plis aux coins des yeux, ce poids du coeur dont on s’ampute
Peut-être aussi la reconnaissance qu’ils ont mérité
Peut-être aussi de l’affection dont ils ont été privés

D’autres s’y mélangent pour le frisson de la victoire
Son ineffable plaisir arraché sur le fil du rasoir
Des yeux rivés sur eux à leur nom gravé dans l’histoire
De la douleur du processus à son aboutissement jubilatoire
Peut-être aussi la reconnaissance qu’ils ont mérité
Peut-être aussi la perfection qu’on leur réclamait

S’y joignent les curieux
En quête d’une silhouette fine
De ce shoot d’endorphines
De ce bien être délicieux
Arrivés un peu hagards sans vraie maison
Restés sans hasard pour les autres raisons

Tous s’y rassemblent pour trébucher
Pour hésiter, pour pester et échouer
Pour se blesser, douter, se sermonner
Pleurer, hurler, s’époumoner

Tous ensemble se relever pour triompher
Pour retenir son souffle puis exploser
Les nerfs à fleur de peau, et s’exposer
Pleurer, hurler, s’époumoner

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International

Auteur•e

Publié

Crayons orphelins du bureau et feuilles de l’imprimante
Touches patinées du clavier qui claquent et se lamentent
Voilà bien longtemps que je ne vous ai malmenés
Outils de mon exutoire, mes vieux amis abandonnés

Voilà bien longtemps que je ne vous ai sollicités
Pirates de mes remous intérieurs, marins plébiscités
Sur cette mer blanche ces formes d’encres imprimer
Ce maelstrom de joie et de craintes réprimées

Mon verbe peut-être s’est-il depuis rouillé
Dans les rouages de science de mon esprit
Automate infatigable qui grinçait et bouillait
Sous le code et les nombres dont il s’est épris

J’aurai bien griffonné quelques paragraphes depuis
Quelques voix intérieures souhaitant s’exprimer
Quelques élans lyriques sous temps de pluie
Quelques voix vite éteintes, le souffle comprimé

Vais-je réussir à maitriser le difficile exercice
En conservant de la pellicule de mes rimes le négatif
Sous la teinte rouge de mes émois en développer le positif
Vais-je en cristalliser l’intensité, les subtils délices

La cadence de ma vie semble s’être accélérée
Avalant les mois et années d’un vorace appétit
La cadence de ma vie semble s’être ralentie
En funambule sur le fil d’un destin inespéré

Ma chair commence à se creuser doucement
Et mes cheveux s’habillent d’argent sournoisement
Puisse mon imagination à son tour se parer d’or
Alors que les rayons du printemps mon visage colorent

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International

Auteur•e

Publié

Tu aurais dû la voir, cette foule massée sur les bancs
Les yeux brillants, les habits noirs, les cierges blancs
Et alors que le passé tombait aux pieds de l’avenir
Le glas des cloches battait le rythme des souvenirs

De ce tic que tu avais de mordiller l’intérieur de ta joue, étirant à répétition tes lèvres d’un côté en une moue attentive
Celui d’insister envers et contre tout refus, et de le faire quand même, le justifiant d’une raison toujours plus inventive
Ou sous l’indignation à table de te redresser la tête haute et te raidir, sourcil haussés, les yeux baissés
Vers tes couverts ou ta serviette, minutieusement, machinalement, les aligner ou la plier jamais assez

Et ta voix partir dans les aigus lorsque le rire te désarme
Une main levant tes lunettes, l’autre tamponnant tes larmes
Mamie pipelette on taquinait, mamie kleenex on s’amusait
A ton hommage public c’est ce dernier surnom qui nous muselait

Ce même aigus qu’on retrouvait dans tes vocalises
Ces chansonnettes que tu poussais sur le moindre air familier
Quand tu n’étais pas à recopier moult dictons et maintes devises
N’importe quoi pour embellir la vie, en oublier le sablier

Je te revois tripoter tes boucles d’oreilles d’un air songeur
Je te revois regarder par la fenêtre d’un air rêveur
Ecarter un pan de rideau pour y passer la tête
Fredonnant parfois distraitement un air de tête

Je me souviens de tes lunettes aux vives couleurs et formes alambiquées
Des yeux qu’ils hébergeaient, d’un bleu azur que même le temps ne su domestiquer
Je l’ai croisé ce regard depuis le dos d’un poney, à travers le filet d’une éprouvette
Par dessus un gant frais sur le front, un lit bordé, une tisane ou un dîner à la sauvette

J’entends encore les serveurs répondre à tes questions, s’évertuer
A lister dans les moindres détails de quoi chaque plat était constitué
Tes yeux s’usant sur ton menu et sur celui des autres pour situer
Le choix de chacun et l’argument de ta décision finale accentuer

Je me rappelle de tes histoires tentaculaires aux innombrables fins
De tes histoires tant de colères que de rires sans fins
Et de te perdre dans nombre de détails qui jamais ne finissent
Peut-être consciente que ce sont eux qui au final nous définissent

Et ces détails tu les aimais, tu les collectionnais
Perdue dans ta mémoire d’un verbe passionné
Imprégnant chaque souvenir de couleurs et d’odeurs
Peignant et décrivant le moindre aspect avec ardeur

Et j’aime à penser que ton dernier voyage fut à ton image
Imprévu et spontané, la mine distraite à regarder le paysage
Et je reprends tes mots du fond d’un coeur comme un enclume
Sache que ton stylo est tombé mais je reprends ta plume

Et il va nous falloir tant bien que mal tourner cette page
En y laissant comme tu le faisais un énième marque-page
Car tous les encriers du monde s’assècheraient de reporter
Sur le papier tous les sourires que tu nous auras apportés

Le regard maintenant voilé
Le corps à jamais suspendu
Un astre de plus sur le ciel étoilé
Etoile filante au décollage inattendu

Adieu mon amie, mamie, maman, et reine
Vois en ces mots se déchirer l’amour et la peine
Ne reste de ton visage que photos et poussière
Mais ta voix résonnera toujours comme si c’était hier

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International

Auteur•e

Publié

L’histoire commence dans un léger tintement
Celui du métal s’entrechoquant discrètement
De pièces de riches alliages chargées de cuivre
Sans esprits ni consciences mais la mainmise
Sur la conscience de tout un peuple taxé pour vivre
Dont toute la vie se déroulera sous son emprise

L’histoire se poursuit dans un bruit mat
Celui étouffé du-dit métal contre la chair
Au fond d’une paume pour qu’on abatte
Un innocent d’une balle peu chère
C’est indignant mais arrangeant
C’est répugnant mais c’est l’argent

Sans langue ni parole surprise à faire main-basse
Sur la parole de tout un monde de messes-basses
La vérité souvent soumise, toujours étranglée
Par le garrot de politiciens aux moeurs légères
Tous punis d’un mot trop vrai, au sens cinglé
Selon la presse à le clamer d’un ton de mégère

L’histoire s’éternise dans le doux crissement
De billets déposés lestement sur le comptoir
D’une poigne preste s’en emparant avidement
Troqués contre un bref oubli de tout ce foutoir
Momentané et cher payé, l’Homme aux abois
Le paiera une deuxième fois d’une gueule de bois

L’histoire se terminera dans le grincement
D’une latte au dos rond couvant l’économie
D’une famille pauvre en manque d’autonomie
Economique, émotionnelle, elle même se ment
Protégeant le pécule d’un argent gagné au noir
Pour ne pas lors des fêtes les enfants décevoir

L’histoire et le pinceau le figeront sur un tableau de champignons
A l’air irradié lourd de cendres, aux teintes de cendres et de charbon
Le cadre de bois marqué d’un nom au bleu essence
« L’argent n’a pas d’odeur car il émousse les sens »

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International

Auteur•e

Publié

Mais comment ai-je pu te laisser t’endormir là Léa ?
Piocher dans la vie une main des pires des aléas
Rêver les yeux écarquillés pour ne jamais t’éveiller
Que dans le rêve d’un autre dont tu n’avais la clef
Etait-ce ce passé oppressant qui trop lourd t’accabla ?
Etait-ce ce présent pressant sans recours qui te troubla ?

Ton teint d’albâtre est désormais rougi de plaques
De vives démangeaisons calmées d’un coup de cognac
La lueur espiègle au fond de tes yeux bleus se réfugiant
Sous les épaisses et sinistres cernes les enlaçant

De ta formidable énergie subsiste cet éclatant sourire
Vue d’un bouquet de joie intense sur ton visage fleurir
Non plus de sa blancheur mais de son énergie brute
Innocence sauvée de l’acide et ses descentes abruptes
Comme un fugace fragment du passé au déclin imminent
L’euphorie de l’exception primée dans le drame permanent

Pilule après gélule, en poudre et vapeurs je t’ai vue t’évader
D’une cellule à une autre de ta tête sans jamais venir t’aider
Seulement glisser quelques doigts à travers les barreaux
Te caresser tendrement la joue en innocent bourreau

Et je te vois maintenant, poupée grotesque et désarticulée
« Léa, non, pas toi. Pourquoi ? », mon souffle peine d’articuler
Affalée dans le sofa, seringue glissant au bout des doigts
Effaré j’étoffe ma mémoire d’un souvenir qui te revient de droit
Un souvenir à occulter, celui d’une frayeur incarnée
Celui qu’une aiguille a volé lorsque tu t’es envolée

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International

Auteur•e