David rentrait chez lui pour profiter de son week end, comme chaque vendredi soir en coupant par les petites ruelles, fidèle à son habitude. Seulement, ce vendredi fut un jour particulier. Alors qu’il dépassait un groupe de jeunes imbibés d’alcool, le plus âgé – ayant atteint la majorité – l’interpella.
“- Hé, toi là, avec tes vêtements multicolores, viens voir.”
David, de nature sociable et un peu naïf rejoignit tranquillement le petit groupe. A peine eut-il atteint celui qui l’avait interpellé, un sourire sincère aux lèvres, que ce dernier lui décochait un crochet du droit puissant, envoyant son corps svelte mais peu musclé sur le mur d’en face, lui brisant la mâchoire. Les jeunes rigolèrent et se mirent alors à donner des coups de pieds sans retenue dans le corps déjà meurtri de David, enhardi qu’ils étaient par les effets de l’alcool fort. Ce dernier peinant à se protéger, subissant plusieurs fractures, fut retrouvé à l’aube, inconscient, baignant dans son urine. David resta 8 jours en hôpital, tant son corps devait récupérer.
Quand il sorti de l’hôpital, David n’était plus le même. Alors qu’il était si naïf, il se mit à se méfier de tout le monde. Lui qui était si assidu, se mit à sécher ses heures d’arts appliqués. Sa sociabilité si naturelle, ne fut plus qu’hypocrisie en puissance, et le seul aspect inchangé de sa personne furent ses vêtements aux couleurs criardes et variées, ainsi que son visage supportant une tignasse coupée ras, brune, de la même couleur que ses yeux.
David était tout sauf stupide, et il consacrait beaucoup de son temps à comprendre les mécanismes qui régissent le corps humain. Science qui se reportait dans sa passion pour les marionnettes, lui même étant d’ailleurs marionnettiste hors pair. Perfectionniste acharné, il s’évertuait chaque soir à perfectionner sa technique et sa maîtrise de ses pantins, ainsi qu’à détailler chaque mouvement de l’être humain.
Un soir qu’il rentrait chez lui, ruminant sa haine des hommes, chez qui depuis son agression il décelait le moindre vice, la moindre fêlure ( analyse toujours dissimulée derrière sa sociabilité feint ) vit de loin sa baie vitrée ouverte. Il se précipita alors à l’intérieur de sa demeure, le coeur battant la chamade, le numéro de la police déjà composé sur son téléphone brandi dans sa main droite.
Son appel ne trouva jamais de destinataire, interrompu par le fracas brutal du téléphone sur le sol. David était fasciné, là ou 2 min plus tôt régnait la pénombre, baignée par la lune, était dressée sur le rebord de sa terrasse une personne.
La jeune femme le regardait, le sourire au lèvres. La toge blanche à capuche qu’elle portait semblait luire sous la pâle lumière de la lune. Cette toge, dont les manches étaient élargies, était ceinte d’une cape de la même teinte dont l’attache consistait en une fine chaîne en fer. Son visage bronzé, aux traits d’une finesse remarquable, était encadré de longs cheveux d’un violet foncé tirant sur le bleu, une mèche effilée dissimulant la partie droite de son front, au dessous duquel brillait deux yeux d’un gris profond aux reflets azurés. A ses hanches passait une ceinture en lin, d’un bleu intense, dont les extrémités dorées pendaient au côté gauche.
Son poignet gauche portait deux fins bracelets d’or, et plusieurs bagues d’argent ornaient ses mains. Son pied droit, nu comme le gauche, portait lui aussi un bracelet de la même facture. Ces derniers, détendu, flottait à quelques centimètres du sol.
Avisant l’état de David, la jeune femme éclata d’un rire cristallin, avant de descendre au sol d’un mouvement souple et de prendre la parole:
“ Je m’appelle Thaïs. Je t’attendais. “

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