[ Vers libre ]
Ils ont quitté femmes et enfants d’un aurevoir
Et de quelques étreintes pour distiller l’espoir
Partis défendre un idéal de paix en officiant son opposé
Risquant leurs vies pour apaiser l’orgueil de quelques étrangers
On les a envoyé au front sans considération
Commettre légalement toutes sortes d’exactions
Pêle-mêle dans la terreur, propulsés en plein enfer
Rampant dans la fange la bouche en sang, ce goût de fer
Il y sont allés le coeur gros, les lèvres tremblantes
Défier une grêle de mort, s’en échapper l’oreille sifflante
Ou rester là inerte, le corps gisant dans ce charnier
Les yeux fixant le ciel, sitôt tombé que déjà piétiné
Là bas l’horreur se lit dans les regards toujours alertes
Terrible conséquence d’être le témoin de toutes ces pertes
En les fixant assez on peut entendre les cris de leurs amis
Lire leur histoire, sentir le fardeau qui leur a été remis
L’odeur âcre de la sueur se mêle à celle de la fumée
De tant de canons, et du tabac quand il n’est pas chiqué
Voilant une armée de visages livides et terrifiés
Entassés et voûtés dans les tranchées de ce bourbier
Tant de vies et de rêves ont ainsi été joués aux dés
Ceux du hasard et de la chance, ici toujours pipés
Tant de voix qui n’iront plus bercer leurs chers enfants
Tant de poids à loger dans le coeur des survivants
Et nous n’avons rien appris de tant de violence
Elle est toujours omniprésente, lâchée avec aisance
Telle une bête assoiffée de sang et de mort
Prête à jaillir, tapie dans chaque recoin du décor
Et votre poing se serre, met en péril votre pacifisme
Pour mater cette violence d’un grand acte d’héroïsme
Mais ne tombez pas dans la facilité du mimétisme
Car elle en engendrera plus, et c’est un euphémisme

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