Such an unknown beauty

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“ J’ai croisé une fille. Non, pas la fille, l’icône de vos rêves, mais une fille, simplement. Des certitudes qu’il me reste, elle n’était pas laide, bien que sa beauté ne soit pas transcendante non plus.. En réalité, vous ne l’auriez pas remarquée je pense, car voyez-vous, de visu, c’était je crois, l’archétype parfait de la fille discrète, toujours là mais peu considérée. Un peu comme la fille des classes de votre enfance, celle intégrée mais distante, celle à qui l’on parle naturellement mais qui fuit le souvenir.
Et pourtant ma mémoire se refuse à la perdre, à lâcher cette image. Oh, je ne doute pas qu’elle le fera un jour, car ce n’est rien de plus qu’une photo floue que mon esprit à volé.. Non en effet, je ne sais rien de ce qui se tapissait derrière cette façade, peut-être était-elle gentille à s’en nuire, ou vile à en nuire, peut-être était-elle une scientifique ou peut-être une fille de lettre, peut-être préférait-t’elle l’hiver que l’été, ou l’inverse..; j’ignore si elle était heureuse ou malheureuse, si elle vivait de luxe ou seulement dans le rêve d’un peu de celui-ci, si elle aimait les chats, le champagne, ou encore la luxure… tant de questions dont je me réjouis d’ignorer les réponses.
J’ignore tout et il est fort probable que je l’ignore à jamais, mais je n’en suis pas déçu oh non, loin de là, je suis même fort de cette ignorance. Non, je ne pleure pas de ne jamais refaire cette lointaine rencontre, que ce soit au même détour d’une ville ou je ne suis que de passage, ou dans un lieu plus familier, je ne le souhaite pas non. Je ne le désire pas car cette image que ma mémoire retient, loin de me remplir de tristesse, de manque ou de désir, m’embrase plutôt d’un doux sentiment de nostalgie, du mystère de l’inconnu. Or, il y a quelque chose de mystique et d’envoûtant à repenser à ce visage dépeignant l’innocence même de celle qui, perdue dans ses pensées, ignore qu’elle est fixée.
Fixer est un bien grand mot, j’en conviens, pour un regard furtif d’un couple de secondes, mais c’est le mot juste, car de ce regard hâtif est né une image imprécise, inexacte mais forte, irradiant la perfection, la perfection d’une esquisse que l’esprit a peaufiné selon ses propres règles.
J’espère ne jamais la revoir en effet, car à l’image du jeune qui, grandissant, s’aperçoit que les adultes sont bien moins grand qu’il ne le pensait, cette rencontre me volerait ce souvenir erroné, cette affiche fausse, mensongère, qu’en partenariat de l’indécision ma pensée avait érigé, bonifié.. mystifié!
Ceci peut vous paraître bien vague et confus, mais je tiens par ces maigres et confuses notes à rendre un pâle hommage à cette jeune inconnue, dont la vision éphémère aura pourtant su marquer ma mémoire du fer rougeoyant de l’intriguant.
J’ajouterais même, non content d’avoir guidé ma plume jusqu’ici, que je ne saurais que me réjouir du jour ou le temps passé aura rongé un peu plus de l’exactitude, pour le pervertir de l’inexactitude de l’oubli, et y tisser de nouvelles trames d’invention qui dégagent un doux parfum de mythe “

Ce texte figurait sous verre, incrusté dans la pierre d’une stèle sans nom, personne à ce jour n’a pu en déterminer l’auteur, ni même le défunt y reposant. Une hypothèse des plus probable est que ces deux personnes n’en formèrent qu’une seule.

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