Not daring

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Cet endroit était calme, apaisant, j’aimais bien m’y poser, seul, et rêvasser avec comme seul fond sonore celui du bruit ambiant, celui d’une nature qui sifflote d’un refrain délassant.
Allongé dans l’herbe naissante du printemps, la tête posée sur un rocher, bien calée sur ma veste de cuir noir, clope au bec, je somnolais.
C’est cet instant qu’elle choisit pour apparaître, ses fins cheveux blonds, lisses et si longs, s’agitant sous les caprices du vent.
Parfois, une mèche venait barrer son regard, et elle la replaçait avec flegme, d’un élégant geste d’une main à l’ossature si délicate, rendant à ses yeux azur plissés par le soleil leur légitime prestige.
Arborant une écharpe de satin pourpre, une robe d’un blanc immaculé la couvrait de mi-épaule jusqu’à la base des genoux, ses pans larges esclaves d’un vent agité.
Des bottes mates à bout rond et bombé du même pourpre que l’écharpe venaient compléter sa tenue, jurant avec la finesse de sa robe mais ajoutant cette note d’originalité et d’insolite qui lui allait si bien.
Une telle vision valait bien un soleil si on savait l’apprécier à sa juste valeur, et cette tâche m’accaparait entièrement, appréciant toute la grâce de ses mouvements.
Elle traversait la clairière d’une démarche souple, sans hâte, son habituel sourire en coin comme témoin d’une humeur enjouée.
Elle se rapprochait, et alors qu’elle me dépassait, dévoila furtivement l’ivoire de son sourire.
J’inclinai la tête, baissait sensiblement les yeux pour les relever vers les siens, réponse discrète où les mots deviennent insignifiants.

Une étincelle s’alluma brièvement dans ses yeux. Indescriptible, si fréquente, mais toujours exquise.
Fût un temps ou elle se serait arrêtée, nous aurions bavardé, plaisanté, rigolé, mais le temps avait achevé les vestiges de cette magie, et alors qu’elle s’éloignait je réalisais que ça n’était pas la chaleur qui faisait s’emballer mon coeur.
Je m’étais certainement trompé, peut-être, voilé la face, hélas, m’efforçant d’imposer à mon esprit ce que mon corps défendait de toute force, défendant de mes mots ce que l’esprit convoitait.
Elle partait. Cinq, six, sept mètres de moi. J’aurais pu la rattraper, et bégayer, rouge d’un mal autre que le soleil, les mots que j’ai tant murmurés.
J’aurais pu lui faire comprendre, muselant mes agoisses, que ça n’était pas l’aversion qui bétonnait mon masque, et que l’indifférence feinte n’était que peur occultée.
Mais je ne le fis pas, et regardais une énième fois sa silhouette disparaître parmi les arbres, entrainant sans le savoir ce que je n’avais su ouvrir, le coffre de ces mots dont la clef presque rouillée reposait dans mon poing.
Et je fermai les yeux, formulant dans ma tête ce qui ornerait plus tard un simple papier.
Mais une idée s’imposait, harcelante, incessante: “ Tu n’es qu’un lâche “.

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