Nocturne

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C’est dans l’obscurité la plus totale, le soir, que les pires hantises se dévoilent, charmantes de facilité, charmées de lucidité. C’est dans l’abîme nocturne que, délassés par le silence, délaissés par la lumière, nous jouons, bon gré mal gré, à celui qui de sa sombre cellule, extirpera la plus belle révélation.

La nuit et son calme, apaisant, reposant, imposant son charme gracile et subtil. Déployant ses ailes de ténèbres, elle offre aux chaloupes des naufragés un endroit ou ancrer et s’emploie, grasse de conseils, à leur faire oublier les affres de leur récent passé.

Elle en aura vu passer, la nuit, des errants la dévisageant, et des passants l’admirant, cherchant dans son affection muette la solution à leurs afflictions muettes. Dépendants de son cycle, ils sont rongés par son inertie; infectés de leurs suffisance, ils sont entichés de sa subsistance.

Elle en aura vu passer, la nuit, des vagabond fuyant de choix, des perdus la gorge nouée, éperdus prostrés lestés de leurs coeurs, l’estomac alourdi de vide . Aisément noyés dans son immensité, ils ne demandent pourtant qu’à sauter, à franchir le pas qui les emmènera loin de ces frontières, l’aube les découvrant parfois libérés.

Et Elle les aura bien changé, les ombres et sons de nos veilles, en contes et fables de nos songes, auxquels petits nous croyions et que plus grand nous cherchions, tentant d’embraser le feu mourant de nos yeux pour retrouver l’innocence perdue de nos jeux.

Et de jour nous le figeront, le temps, l’espace d’outre-nuit que l’éclipse aura traîné jusqu’à nous..

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