“ Folie et extase, c’est ce qui menace mon coeur car sitôt mes yeux clos, c’est ton si beau sourire qui harcèle mon esprit. Teintant un manque déjà flagrant du souvenir si fade de sa splendeur. Il m’inspire, il me conforte, c’est mon ami des bas régimes, la main tendue qui me remonte quand le moral se fait absent.
Dans mes rêves les plus doux, c’est ton regard bleuté qui berce ma nuit, et dans mes pires rêveries, c’est le même azuré qui hante ces cauchemars.
Du ciel, il n’a pas que la couleur, car il relègue tout les éclats aux piètres rangs de figurants, abreuvant de lumière mes journées les plus sombres, comme un soleil n’aurait guère pu.
Tu es en moi, flamme de mon inspiration, coeur comme esprit sont résolus car tu possèdes sans le vouloir, l’aberrant monopole de mes pensées, troquant ta chaise de visiteur contre le trône de gouverneur, hissant ces ruines tout de gravas en digne palais resplendissant.
C’est le murmure de ta voix qui rythme mes journées, son doux timbre s’échappant à chacun de mes pas, rappelant à mes oreilles ces mots qui me touchent tant. C’est la caresse d’un souffle, l’hymne d’un espoir qui t’effleure la joue quand tes épaules s’affaissent, le doux baiser de volonté qui te manquera un jour.
C’est un mal terrible qui m’a fauché j’en ai bien peur, si parfaitement que même ces mots semblent sonner faux, tant la vérité semble irréelle.
C’était une belle aventure, une utopie des plus beaux rêves, j’ai marché et j’ai couru, m’enivrant de cette beauté, mais je courais, toujours, car je savais qu’à mes talons la réalité se rapprochait, comme une ombre funeste sur un bonheur si illusoire, j’ai couru plus vite encore, n’osant jeter un regard en arrière, l’angoisse me saisissant, hors d’haleine, mes sens brouillés par la fatigue, qui essoufflait ce paradis.
Puis ce fut la chute, une racine un peu noueuse enlaça ma cheville, j’ai essayé de me relever, mais je savais qu’il était temps, je ne pouvais pas vivre ici, j’étais un étranger qui avait décidé d’être ce qu’il ne pouvait être, le gardien de ces lieux, et son serviteur le plus dévoué.
Alors, je bascule sur le dos, et j’écarte les bras, enlaçant cette terne harpie qui me harcèle, inspirant profondément, je grave en mon coeur ce qui le serrait déjà, et je la fixe, cette réalité, elle est déjà là, et elle m’engloutit, le temps d’un battement de cil, et je suis de retour.
Moi. Juste moi, et cette réalité. Je ramasse ma volonté, et je commence à marcher.
Mais en ce jour, cette volonté se reposera, car aujourd’hui est jour de deuil, et je trainerai ce regard vide jusqu’à ce que le temps lui redonne son éclat, cicatrisant le douloureux souvenir de sa beauté.
Et je recommencerai. “
Notes d’un vétéran.