Kaleck grattait la glace une fois de plus, la tête plaquée contre sa voûte. Le front plissé, les yeux baissés, des sillons en partant révélant les fantômes de lits taris depuis longtemps.
Il s’adossa contre la paroi et regarda une fois de plus sa prison de glace. En forme circulaire, l’intérieur était formé à la manière d’un Igloo, et, au delà de la glace, on pouvait voir toute une fresque d’images éthérées, défilant sans arrêt. De l’extérieur, par soucis d’esthétique, elle paraissait, pour lui seul qui pouvait la voir, comme une sorte de petite tour de glace, plus large que haute, semblant ne faire qu’un avec le paysage ou elle se trouvait.
Kaleck avait crée ce lieu d’exil des années auparavant, lassé, fatigué, mort d’une certaine manière. Véritable havre, lieu de sérénité ou il pourrait se reposer et observer ce qu’il veut, quand il veut, tout en restant à l’écart.
Seulement, le temps passant, son état ne s’améliora pas, et sa volonté déclina, tout juste eut-il encore la force de maintenir cette image purement magique au delà de ces murs, qui officiait comme le devrait toute personne heureuse et saine d’esprit, évitant au monde d’ouvrir les yeux sur la triste réalité, la réalité de cet exil et de ses murs froids.
Il voulait sortir, briser la glace et le silence, mais il n’en était plus capable, trop faible qu’il était devenu pour briser les barrières qu’il avait lui même dressé. Alors il pleurait, en silence, ne pouvant que regarder les hauts et les bas des personnages de la fresque, assistant aux actions éventuelles de l’avatar qui le remplaçait.
Sa prison n’était pas située sur un plan humainement discernable, aucune chance que quelqu’un la découvre. Et si lui, grand enchanteur, ne pouvait se libérer, alors.. qui le pourrait ?!
Il savait, mais ce savoir avait été perdu dans les recoins de son esprit, recouvert maintenant de la poussière des années.
Le sort était prêt. Il ne manquait que le dernier élément, lui.
Il rampa jusqu’au centre et se dressa sur ses genoux. Il murmura une série de sons gutturaux et retomba sur le sol comme un pantin désarticulé. Une fissure apparu alors dans la glace, puis une autre, un vent violent souffla à l’intérieur et tout ce qui se trouvait autour de Kaleck fut réduit en cendre en l’espace d’une seconde, la glace fondit alors et toute matière, son corps compris, fut entraînée dans un tourbillon de nuance de gris, interrompu par des images aléatoires, de sujets tous différents, certains appartenant au présent, d’autres au passé et même certains au futur.
Au milieu de ce déchaînement, le visage absent de l’enchanteur était serein, paisible.

L’enchanteur désenchanté de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.