L'air d'antan

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J’ai eu et j’aurais toujours maintes et maintes vies, une vie pour chaque personne que j’ai croisé, et même après ma mort, je n’aurai de cesse de vivre dans les yeux de ceux qui ont un jour croisé les miens.
Je suis si fatigué, je pense partir loin, très loin. Un jour, en te baladant, tu pourrais apercevoir mon reflet, mais ça ne serait qu’un reflet, une ombre du passé, car je partirai, mais je n’infligerai à personne l’intrigue d’un retour.
Laissant derrière moi ces souvenirs, j’en trainerai quelques bons, qui seront mon fardeau, les mauvais s’effaçant, comme une fresque érodée par le vent, le vent du temps, le vent de l’oubli.
Je deviendrai un fantôme, l’ombre traquée d’un non dit, noyant de quelques larmes les traits de personnes chéries.
Un nom, c’est ce qu’il restera, ruines d’un domaine aux miles rumeurs, murmure sur ton de confidence aux heures sombres de la nuit, il sera mélodie d’indifférence ou d’affliction. Il volera un temps, de souffle en souffle, de lèvres en lèvres, jusqu’à ce qu’elles se lassent, elles aussi, lui préférant la douce saveur du silence, maître de l’oubli.
Il reviendra, parfois, peut-être, hanter quelques songes, qui en oublieront le sens, remplacé par celui qu’un autre aura su graver.
Le lien s’effritera, mon ombre s’enivrera, ivre du futur, libre de ses chaînes, targuant mon âme de son plaisir, riant de charme comme de désir.
Mais toujours de l’âme elle guettera
La moindre trace de nostalgie
Sachant très bien que tôt ou tard
Elle pensera à l’air d’antan

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