Oh hiver te revoilà, sous une haie de flocons
Essence cristallisée s’accumulant sur le balcon
Sous la palette morne de ton habituelle robe
Brumeuse et terne voile dont la chaleur se dérobe
Ton haleine givrée toute verdure immobilise
Tas de feuilles mortes dont ton ainée culpabilise
Abandonnées sur un horizon aux reflets de glace
Réputé dépressif, que des nuages obscurs menacent

Oh printemps, d’une dure saison tu es le cadet
Responsable de panser une terre dénudée
Ton humus engourdi tu réveilles très vite, obsédé
De ton devoir de floraison de ce sol lézardé
Cataplasme de bourgeons sur la brûlure du froid
Aplats verts sur le tableau d’un hiver qui décroit
Tu charges des bras couverts de ronces de belles roses
Pressant les plumes sur papier à coucher leurs névroses

Oh été, tu entres en grande pompe, héros salvateur
Grondant de tonnerre contre la pénombre et sa moiteur
Et sa fraicheur minant ta réputation sulfureuse
Cadavre de ta soeur à la température frileuse
Combien de plaintes et suées aura-tu ainsi causées ?
Au détour d’une promenade, les faisant tous causer
Et le monde t’attend pourtant toujours avec impatience
Car malgré ces défauts tu l’illumine de ta présence

Oh automne, de toute végétation la lente plainte
Charriée par le vent sous tant de lambeaux de vie éteinte
De ces feuilles, de ces fleurs, comme punies d’une règle enfreinte
Dictée par cette bonne faucheuse et son ultime étreinte
Dommage collatéral de son combat dont tu te feinte
D’une ère qui s’éteint pour une nouvelle déjà enceinte
Et l’on s’émerveille parfois devant tes milles couleurs
Et l’on se réveille sous ta pluie, te maudissant sur l’heure

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J’ai cru te recroiser aujourd’hui
Menue silhouette qui m’alanguit
Cheveux mêchés, décolorés
Trainant sans hâte, presque à l’arrêt
Guettant derrière comme d’intuition
Ce double coup d’oeil d’hésitation

Hier, j’ai cru te recroiser
Telle que je t’avais laissée
L’air innocent, l’oeil larmoyant
Charme indencent, battifolant
La mine cette fois plus ravissante
Que ce jour là, peine affligeante

J’espère te recroiser demain
Vêtue d’une robe de seconde main
Ceinture tressée au dessus des reins
Rendant à l’etoffe un air souverain
Une deuxième vie pleine d’entrain
Cette joie de vivre dont tu déteins

Recroisons nous donc dans vingt ans
Flanqués peut-être de quelque enfant
Marqués peut-être de quelques peines
De rides de joie d’une vie bien pleine
J’espère ce jour te voir sereine
J’espère ce jour te voir en reine

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[ Alexandrin / Octosyllabe ]

Avez vous déjà perçu son faible murmure
Aux heures creuses du sommeil, aux allures de parjure
Qui se cache du soleil d’une parure de veille
Qui au jeu du réveil ardemment s’y essaye

Avez vous senti son emprise sur votre poul
Sur votre souffle court prisonnier d’un étau
Battements rugissants à chaque expiration
Apaisés à grand peine d’une longue concentration

La pupille dilatée sans valable raison
Le stress jubilant là, vidant sa cargaison
Sur un contrôle tenu digne d’un nourrisson
Assaillant cette carcasse d’une armée de frissons

L’avez vous surprise un jour d’humeur incendiaire
Enflammant à tout va votre paix et vos nerfs
Laissés à vif sous quelques bouffées de chaleur
Vous offrant un sursaut dès qu’un son prend ampleur

Bien avant l’aube elle vous harcèle
A toutes vos peurs elle vous rappelle
De tous vos vices elle vous lacère
Toute la nuit vous exaspère

Et vous l’avez apprivoisée
Scellant un pacte à vous damner
Lui sacrifiant vos rêves nocturnes
Pour honorer leurs frères diurnes

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[ Alexandrin / Octosyllabe ]

Le pinceau suspendu dans l’air, loin d’être repu
Le crin chargé d’encre à la course interrompue
A mi chemin vers une toile à peine bafouée
D’une vague esquisse de quelques traits

La plume arrêtée net, privée d’inspiration
Les doigts crispés sur le stylo de frustration
Laissant sur la feuille blanche un ersatz de succès
L’amas de pattes de mouches infâme d’une resucée

Feuilles et cordes se moquent de concert
Touches et souffles s’affirment adversaires
La toile vous toise de sa hauteur
Tout semble rire de vos lenteurs
De votre esprit si infertile
De vos idées si infantiles

Puis le déclic détonne en vous
Tous vos moyens au rendez-vous
La feuille se retrouve malmenée
La brosse s’anime sous votre nez
Papier et air à l’agonie
Ployant sous encre ou symphonie

La tête se retrouve assistante
D’un coeur à l’oeuvre, tacite entente
Chaque pulsation tirant sans peur
Le bout d’un démon intérieur
Pour l’expulser et qu’aboutisse
Le fruit d’une transe libératrice

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[ Vers libre ]

A l’heure ou la lune reprend ses droits
Rendant ses vices et tentations à qui de droit
Comme nos plus bas instincts qui s’éveillent en sursaut
L’épaule en avant sur la retenue des plus sots

A l’heure ou la tisane s’infuse dans les tasses des uns
Que l’alcool se diffuse dans le sang de tant d’autres
Le verbe fort, les sens grisés par trop de vin
Parlant à tort et à travers, se rapprochant de l’autre

Le premier pas dehors aiguise des sens déjà ravis
L’excitation jugulée à sa guise, prêt à croquer la vie
Dans la fraicheur du soir la soirée se dessine en esprit
On prévoit tout un monde, excluant le mépris

Et puis la fête commence, on s’enfonce dans les décibels
Se faufilant entre les histoires naissantes et les récits d’amis
L’intérêt à l’affut d’un ton enjoué ou d’un discours rebelle
Juste pour le rire ou se jouer du débat, s’affirmer insoumis

Enfin l’épilogue arrive, la détente est à son comble
La tête dans les nuages ou au moins dans les combles
On regarde vers le bas et l’on se voit miroitant
Ce que l’on garde enfoui en nous depuis tant de temps

Les théories les plus douteuses se frayent ensuite un chemin
Prenant le pas sur le trivial, les armes contre les potins
Prononcées d’une voix pâteuse la paupière lourde
Avant que le fardeau de fatigue rende l’oreille sourde

Les bouches deviennent muettes et la conscience s’éteint
On s’évade dans nos rêves, on s’y égare sans fin
Et l’on devine que ce visage aux traits tirés
Tire un trait dans ses songes sur l’angoisse mal ancrée

Encore un beau souvenir au livre d’or
Au défilé d’une existence devant nos yeux
Au crépuscule de la vie, guettant l’aurore
Priant pour un vieux prologue auprès des dieux

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