Vous qui venez ici en groupe vous émouvoir
Et quérir ou semer là votre ultime espoir
Coeur encore gros au crépuscule d’un tel voyage
La chance sourit aux audacieux, ce vieil adage
Dont votre voix muette a ce moment crucial
A ignoré le sens pratique, erreur fatale

« Viens danser belle rencontre, encore quelques instants
Couvrons la rosée de nos souffles haletants »
Couple de phrases échouées à l’orée de vos lèvres
Brisées contre les récifs d’une audace trop brève
Débris piégés demain dans la vase des regrets
La langue acerbe, le verbe amer sur cette lâcheté

L’effervescence de la fête s’efface doucement
On se souvient de sa silhouette, avidement
Aux contours imprécis d’une manière embellie
Polie ainsi, l’image rémanente s’impose à lui
S’impose à elle, amorçant donc cette course folle
Premier au manque avec distance pour seul bémol

Le gagnant se surprend dans la rue, dérouté
A calquer par moment le faciès recherché
Aux visages des passants dont les trais parfois proches
De l’enfant en son sein font pleuvoir les reproches
Chimère de gamin têtu frappant l’estomac
Quand l’instinct primaire snobé en fait tout un plat

Et le temps s’écoule, implacable
Gommant ce manque inconsolable
Face au vil silence de la foule
A votre chance qui vous refoule
Couvrons ce souvenir choyé
De ce superbe amour manqué

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Toi qui es venu de loin, du haut de tes dix ans
Te faire prendre de haut et rejeter par tous ces gens
Qui t’en voudraient sans honte d’avoir atteint la terre
Les cheveux gorgés du sel de toute cette mer
Dans les bras de ton vieux père rongé par l’inquiétude
Préservant son sourire pour qu’en abuse ta faible quiétude

Inconnus hostiles drapés de riches tissus, à peine froissés
Contrastes vivants de ce que tu viens de vivre, analysant
Toute cette crasse amassée sous tes ongles, et oubliant
Jusqu’aux raisons même de ton exode, précipité

Traité avec mépris, exhorté à rejoindre tes pairs
A retourner vivre dans la peur, acculé à la frontière
Ou seules des bombes avides attendent ton retour
Fut un temps ou ta mère t’y aurait attendu au détour
De la rue empruntée tant de fois sur le chemin de l’école
Et tu repenses à son rire, à tes spasmes sur son épaule

La guerre aura frappé à sa porte comme à celle de tes amis
Les arrachant sur le seuil, rompant le contrat sans préavis
Et là, aujourd’hui, les mains dans la poussière tu te souviens
De ces journées au parc, ce beau soleil et ce bonheur qui était tiens

Depuis ton habitation de fortune tu caresses encore un rêve
Celui d’une education qui te semble refusée, inaccessible
Par des employés de bureau effrayés, ou impassibles
Pourtant bien moins diplômés que papa qui cherche sans trêve
Un emploi, une issue, sacrifiant sa santé sur l’autel d’un devenir
Hypothétique, presque utopique, pour son cher fils d’y parvenir

Assimilé à tort à des vermines moins scrupuleuses
Tu te fais malmener, invectiver, ta voix se fait anxieuse
Résistant pourtant à la facilité de la haine, de t’y confondre
Car papa se bat pour toi sans cesse sans se morfondre

Tu pourrais un jour désespérer, te dire qu’elles t’écoeurent
Ces silhouettes insensibles, doutant qu’elles aient un coeur
Mais n’oublie jamais que le destin est joueur et capricieux
Il pourrait te prendre de court un jour dans n’importe quel lieu
Et si d’habileté tu l’apprivoises avec patience
Peut-être se montrera-t’il radieux avec aisance

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Ils ont quitté femmes et enfants d’un aurevoir
Et de quelques étreintes pour distiller l’espoir
Partis défendre un idéal de paix en officiant son opposé
En risquant sa vie pour apaiser l’orgueil de quelques étrangers

On les a envoyé au front sans considération
Commetre légalement toutes sortes d’exactions
Pêle-mêle dans la terreur, propulsés en plein enfer
Rampant dans la fange la bouche en sang, ce goût de fer

Il y sont allés le coeur gros, les lèvres tremblantes
Défier une grêle de mort, s’en échapper l’oreille sifflante
Ou rester là inerte, le corps gisant dans ce charnier
Les yeux fixant le ciel, si tôt tombé et déjà piétiné

Là bas l’horreur se lit dans les regards toujours alertes
Terrible consequence d’être le témoin de toutes ces pertes
En les fixant assez on peut entendre les cris de leurs amis
Lire leur histoire, sentir le fardeau qui leur a été remis

L’odeur âcre de la sueur se mêle à celle de la fumée
De tant de canons, et du tabac quand il n’est pas chiqué
Voilant une armée de visages livides et terrifiés
Entassés et voûtés dans les tranchées de ce bourbier

Tant de vies et de rêves ont ainsi été joués aux dés
Ceux du hasard et de la chance, ici toujours pipés
Tant de voix qui n’iront plus bercer leurs chers enfants
Tant de poids qui iront loger dans le coeur des survivants

Et nous n’avons rien appris de tant de violence
Elle est toujours omniprésente, lâchée avec aisance
Telle une bête assoiffée de sang et de mort
Prête à jaillir, tapie dans chaque recoin du décor

Et votre poing se serre, mets en péril votre pacifisme
Pour mater cette violence d’un grand acte d’héroïsme
Mais ne tombez pas dans la facilité du mimétisme
Car elle en engendrera plus, et c’est un euphémisme

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De ce premier regard noyé dans un tel nombre
Enfant prématuré d’une pensée fugace
C’est ainsi le moral absent et l’humeur sombre
Que pris de court et de surprise un sang se glace

D’un autre regard affronté dans la pénombre
L’étincelle effrontée d’une pensée tenace
D’une insistance dérangeante, l’esprit s’en encombre
Le sang se fige, le doute réveillé en pleine face

De ces autres regards soutenus dans les ombres
Origine d’une intrigue se faisant une place
L’hésitation s’enfuit, se rit même du surnombre
Un sang s’échauffe, et la peur chahutée s’efface

De ces soupirs de loin, de ces sourires en coin
Dans une pièce à l’air moite et saturé d’ivresse
Cueilli par le hasard, dénudé de tout soin
Rendant au spontané ses lettres de noblesse

Un contact electrique offert par quelques pas
Du bout des doigts à l’angle d’une joue, le long d’un bras
Les parfums s’entremêlent, se joignant au ballet
D’une alchimie subtile et privée, juste née

Un sens de plus s’éveille d’un mot au creux du cou
Les barrières s’effondrent et l’on en devine beaucoup
Le destin lui, écrit une première page sans faute
Au futur imprécis de roman ou de note

Un très beau lien se crée et se renforce, nourri
De quelques échanges verbaux vibrants, réussis
Le non verbal s’epoumonant d’une vérité
Entendue de douces caresses en intimité

Paupières mi-closes et soupirs rauques, plus de palabres
Désir s’installe et Coeur s’emballe, incontrôlables
Ainsi uni on se prélasse, on se délasse
Toute cette envie se consume et les corps s’enlacent

Le désir est tari et le doute est si loin
Bien derrière et devant, sous le nom d’avenir
Et on se demande de quoi sera fait demain
S’oubliant d’un câlin qui fait toujours frêmir

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Enfant, on lui a dit que rien n’était plus fort que l’amour. Alors il l’a cherché. L’a trouvé. L’a idéalisé.

Sur cette idée, les gens sont venus clouer des planches. Marquées grossièrement des mots clefs de “respect”, “confiance” ou “connivence”. Un sacré mur de planches, croyez moi ! Plus tard, il devrait apprendre qu’Utopie, cette étrange encre les composant, vomissant Fierté, son odeur de soeur, couvrait en fait les vers d’une réalité qui rongeait le bois de leurs certitudes, couvait en fait l’envers d’une alité qu’était la voix de leurs aptitudes.

Chaque étincelle dans les yeux de ces humains n’était en fait que le feu d’une étoile qui s’éteignait. Ils juraient en son nom, s’enlaçaient sous son oeil, s’empressant d’oublier dans les notes d’une douce voix que le témoin de leur union s’était peut-être consumé.

Alors il les regardait, ces amoureux. Entichés d’un regard, d’un sourire, d’une ombre étrangère s’invitant dans la leur. Ils faisaient des projets, projetaient leur envies, et en piétinaient l’ouvrage quand l’hiver approchait, glaçant les gouttes d’un oeil déçu au milieu de quelques flocons. Givrant le coeur d’un corps reclus dans des mensonges abscons.

Et lors que cette encre tapissait les murs de son indifférence, elle finit par couler sur le sol d’une conscience. La conscience jadis doute, mua en certitude, pour finir en présence. Si présente. Sa présence, ce présent.
Sarah.

C’était le soleil levant sur la plage de ses craintes, toisant la mer de ses doutes qui s’acharnait à lécher le sable de ses questions. C’était cette grosse boule qu’on lui extirpait du ventre et qu’on exhibait en trophée, arborant cette couleur vive d’une colère d’y avoir logé trop de temps.

Elle le rendait fou. L’abreuvait de bonheur, le berçait de son corps, embrasant son désir de ses délicates courbes, étouffant de son rire ses remords les plus fourbes. D’une longue brasse dans sa folie n’en sortait altérée, ignorant la marée, s’en moquant de messes-basses.

Et cette histoire est nimbée d’inepties, l’acte final d’une grande mascarade, comme son âme toute entière l’a d’ailleurs toujours été, comme cette jeunesse dont il ne se souvient plus, empruntée à son hôte vaincu de déception, ayant attiré de sa dépression l’oeil malveillant de ce parasite. Car ce dernier invité n’aura jamais connu que cela, l’artifice. Oui lui, Baal, seigneur du mensonge et de la tromperie, voyait désormais son imposture menacée par ce frêle être qu’était Sarah, s’évanouir au contact de sa peau ou sous l’écho de ses soupirs.
Baal était comblé, et il était son propre comble, se voilant la face au propre comme au figuré de cette apparence qui l’habillait, vêtu de sa dernière tromperie, de ce dernier simulacre qu’il tisserait.

Et c’est bercé des embruns de l’océan sous ce soleil de plomb, que Baal se feinta d’un sourire.

Aux méfaits d’une éternité.
A Sarah.
A cette soudaine mortalité.
Et à cet ultime mensonge qu’il cracherait au visage du trépas.

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Love & lies de Faerasgar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d'Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

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